Empreintes

 

Sur les traces d’un passé vidé de ses occupants, me laissant conduire vers des chocs d’émotions visuelles, j’avance au gré du hasard des routes que j’emprunte vers ces espaces parallèles que l’humain à un jour occupés et dont la nature, fidèle réconciliatrice, par sa puissance inépuisable reprend petit à petit possession.

 

Jadis utilisées, puis désertées et laissées à la nature, ces zones, devenues inutiles en apparence, m’apparaissent comme les intermédiaires et troublants témoins de la relation que noue l’homme avec lui-même, avec la nature, la vie et la mort.

Elles sont pour moi bouleversantes tant pour leur beauté visuelle que pour l’écho nostalgique qu’elles nous renvoient sur nous-mêmes en gardant l’empreinte des passages furtifs de l’Homme et la trace de ses actions interrompues.

 

Ces territoires en marge, porteurs de sens et de poésie, éclairent notre futur.

 

Au milieu de ces terrains vagues, comme les icones mortes d’une civilisation disparue, comme les puissants emblèmes d’un culte révolu, tels d’anciens rois ou d’anciennes reines, trônent encore, résistants au temps, la beauté sauvage d’objets, d’outils, de machines ou de bâtiments offrant à la nature environnante leurs formes abandonnées, leurs matières usées, rouillées et leurs couleurs délavées.

 

En explorant ces traces laissées ça et là par l’homme une fois disparu, je tente de retrouver un début, le début d’une nouvelle histoire, d’une suite en devenir…

 

 

Approche artistique

 

 

Ce que nous voyons se présente autant devant qu’à l’intérieur de nous.

 

A mes yeux, la lumière, souvent trop forte, au lieu de révéler, ébloui.

Dans l’ombre se cache très souvent l’important.

Les détails dévoilent l’essentiel, les couleurs livrent leurs émotions, l’éclairage tente de saisir le juste, le vrai, l’utile. Les formes, superflues, disparaissent dans un sombre dans lequel le regard doit s’affuter. 

 

Travail photographique et plastique à la fois, mes images, parfois proches d’une illustration, souhaitent être l’amorce d’une narration intérieure, et, comme les cases d’une bande dessinée nouvelle version, sont insérées dans des caisses en bois noirs, parfois équipées de veilleuses lumineuses comme pour mieux maintenir éveillées ces fragiles fugitivités entraperçues, parfois sans, conférant à l’ensemble sa dimension d’objet artistique.

 

Mon travail se réalise en deux temps ; d’abord en extérieur au gré des déambulations ; puis se finalise dans mon atelier en revisitant librement les images, tout en repartant de l’émotion initialement reçue, afin d’y faire resurgir une nouvelle dimension personnelle, poétique, artistique, plastique.

 

Ces cases rectangles en bois foncé contiennent des couleurs, des matières et des lumières et si on se rapproche, des histoires à inventer, ou à continuer.